« What I Believe » de John Dewey : l’unique autorité de l’expérience, ou la foi en une méthode (scientifique) et en un idéal (démocratique), par Joan Stavo-Debauge

1/2018


Résumés (fr/ang/esp)

« What I Believe » de John Dewey est replacé dans la série des interventions que le philosophe américain consacra aux religions historiques, interventions plus nombreuses qu’on ne le croit. Le traducteur rappelle en e et que Dewey est fréquemment intervenu sur les problèmes posés par les religions, tant d’un point de vue épistémique que politique et moral. « What I Believe » est un jalon important dans la production abondante des années 1920, en ce que cet essai anticipe A Common Faith (1934). On y voit se dessiner la distinction entre « la religion » et « le religieux » que Dewey stabilisera quelques années plus tard. En raison du retour massif des monothéismes dans la sphère publique, qui plus est sous des formes absolutistes, voire meurtrières, il nous apparaît important de traduire ce texte, où Dewey manifeste une défiance à l’endroit des religions et propose une foi d’une autre nature. Naturaliste, ajustée à l’expérimentalisme scienti que et à une modernité démocratique et séculière, les exigences et promesses de la foi de Dewey ne sont à l’évidence pas celles des religions historiques. Cet essai de Dewey est une pièce importante dans le dossier actuel des rapports entre pragmatisme et religion.

MOTS-CLEFS : PRAGMATISME ; RELIGION ; FOI ; DÉMOCRATIE ; ATTITUDE SCIENTIFIQUE ; SURNATURALISME ET NATURALISME

“What I Believe” by John Dewey: the unique authority of experience, or faith in a (scientific) method and a (democratic) ideal.
John Dewey’s “What I Believe” is re-situated within the series of papers that the American philosopher produced on historical religions, papers that are more numerous than commonly believed. The translator indeed reminds us that Dewey frequently wrote on the problems – whether epistemic, political or moral – raised by religions. The essay “What I Believe” is an important milestone in the substantial production of the 1920s, in that it anticipates A Common Faith (1934). In it, we see the emergence of the distinction between “religion” and “the religious” which Dewey would consolidate a few years later. Given the large-scale return of monotheisms to the public sphere, and moreover in absolutist – even murderous – forms, we felt it important to translate this text, in which Dewey expresses a distrust of religions and proposes a faith of another kind. Naturalistic, adjusted to scientific experimentalism and a democratic and secular modernity, the requirements and promises of Dewey’s faith are clearly not those of the historical religions. Dewey’s essay is an important piece in the current discussion over the relations between pragmatism and religion.

KEYWORDS: PRAGMATISM; RELIGION; FAITH; DEMOCRACY; SCIENTIFIC ATTITUDE; SURNATURALISM AND NATURALISM

“What I Believe” de John Dewey : la única autoridad de la experiencia o la fe en un método (científico) y en un ideal (democrático).
« What I Believe » de John Dewey es situado en la serie de intervenciones que el filósofo estadounidense consagra a las religiones históricas, intervenciones más numerosas de lo que se cree. En efecto, el traductor nos recuerda que Dewey se pronunció frecuentemente sobre los problemas planteados por la religión, tanto de un punto de vista epistemológico como político y moral. «What I Believe» es un hito importante en la abundante producción de los años 1920, dado que este ensayo anticipa A Common Faith (1934). Allí vemos emerger la distinción entre “la religión” y “lo religioso” que Dewey consolida algunos años más tarde. En razón del amplio retorno de los monoteísmos en la esfera pública y, lo que es más, bajo formas absolutistas y hasta mortíferas, nos parece importante traducir este texto donde Dewey mani esta descon anza hacia las religiones y propone una fe de otro tipo. Naturalista, adaptada al experimentalismo cientí co y a una modernidad democrática y secular, las exigencias y promesas de la fe de Dewey evidentemente no son las de las religiones históricas. Este ensayo es una pieza importante de la discusión actual sobre pragmatismo y religión.

PALABRAS CLAVE: PRAGMATISMO; RELIGIÓN; FE; DEMOCRACIA; ACTITUD CIENTÍFICA; SOBRENATURALISMO Y NATURALISMO


Pour citer l’article

Joan Stavo-Debauge, « What I Believe de John Dewey : l’unique autorité de l’expérience, ou la foi en une méthode (scientifique) et en un idéal (démocratique) », Pragmata, n° 1, 2018, p. 348-369.

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Pragmatisme, pluralisme et politique : Éthique sociale, pouvoir-avec et self-government selon Mary P. Follett, par Daniel Cefaï

1/2018


Résumés (fr/ang/esp)

Mary P. Follett occupe une place originale dans le paysage pragmatiste. Après avoir étudié à Harvard, elle devient pendant près de vingt ans une figure civique de Boston
et une leader nationale du mouvement des centres communautaires. Elle publie ensuite deux livres, The New State (1918) et Creative Experience (1924), où elle développe une théorie originale des processus d’auto- création, d’auto-organisation et d’auto-développement de l’expérience individuelle et collective, en contrepoint d’une conception de la démocratie. Cet article examine les ancrages de cette vision de l’expérience dans une psychologie des groupes qui emprunte au pragmatisme de William James et Edwin B. Holt et à la Gestalttheorie. Follett en tire une conception originale de l’éthique sociale, ici mise en regard de celles de Jane Addams, Ella L. Cabot ou Charles H. Cooley. Au-delà, c’est une conception radicale de l’action politique qu’elle déploie, fondée sur la coopération et la communication du pouvoir-avec, à l’encontre de la coercition du pouvoir- sur. Follett défend une version forte de la démocratie participative. Celle-ci passe par une critique de l’expertise et de la représentation, par un projet d’autogouvernement des citadins et des travailleurs et par la reconstruction d’un État fédéral.

MOTS-CLEFS : PRAGMATISME ; MARY P FOLLETT ; EXPÉRIENCE CRÉATRICE ; COMMUNAUTÉ POLITIQUE ; ÉTHIQUE SOCIALE ; DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

Pragmatism, pluralism and politics. Social ethics, power-with and self- government according to Mary
 P. Follett
Mary P. Follett occupies an original place in the landscape of pragmatism. After studying at Harvard, for almost twenty years she was a figure in the civic life of Boston and a national leader of the National Community Centre Association. She then published two books, The New State (1918) and Creative Experience (1924), in which she developed an original theory of the processes of self-creation, self-organisation and self-development of individual and collective experience, in counterpoint to a conception of democracy. This article examines how her view of experience is anchored in a group psychology that borrows from the pragmatism of William James and Edwin B. Holt and from Gestalt theory. From it, Follett derives an original conception of social ethics, compared here with those of Jane Addams, Ella L. Cabot or Charles H. Cooley. Beyond this, she develops a radical conception of political action, founded on the cooperation and the communication of “power-with”, as against the coercion of “power-over”. Follett advocates a strong version of participatory democracy. This entails a critique of expertise and representation, a project for urban citizens and industrial workers self-government, and the reconstruction of a federal state.

KEYWORDS: PRAGMATISM; MARY P FOLLETT; CREATIVE EXPERIENCE; POLITICAL COMMUNITY; SOCIAL ETHICS; PARTICIPATORY DEMOCRACY

Pragmatismo, pluralismo y política. Ética social, poder-con y self- government según Mary P. Follett
Mary P. Follett ocupa un lugar original en el paisaje pragmatista. Después de sus estudios en Harvard, se transforma, durante unos veinte años, en una figura cívica de Boston y líder nacional del movimiento de centros comunitarios. Luego publica dos libros, The New State (1918) y Creative Experience (1924), donde desarrolla una teoría original de los procesos de auto-creación y de auto-organización, en contraposición a una cierta concepción de la democracia. Este artículo examina los anclajes de esta visión de la experiencia en una psicología de los grupos que se nutre del pragmatismo de William James, Edwin B. Holt y de la Gestalttheorie. Follet deriva de ello una concepción original de la ética social, aquí cotejadas a las de Jane Addams, Ella F. Cabot o Charles H. Cooley. Más allá de esto, lo que Follet desarrolla es una concepción radical de la acción polí- tica fundada en la cooperación y en la comunicación del poder-con, en contra de la coerción del poder-sobre. Follet de ende una versión fuerte de la democracia participativa que pasa por una crítica de la experticia y de la representación, por un proyecto de autogobierno de los citadinos y de los trabajadores y por la reconstrucción de un Estado federal.

PALABRAS CLAVE: PRAGMATISMO; MARY P FOLLETT; EXPERIENCIA CREADORA; COMUNIDAD POLÍTICA; ÉTICA SOCIAL; DEMOCRACIA PARTICIPATIVA


Plan de l’article

Introduction
1. Situation totale et expérience créatrice
2. Sentiments moraux et éthique sociale
3. Pouvoir-avec ou pouvoir-sur ? Démocratie radicale et communauté politique
4. Un État coopératif et fédéral : au-delà du monisme et du pluralisme


Pour citer l’article

Daniel Cefaï, « Pragmatisme, pluralisme et politique. Éthique sociale, pouvoir-avec et self-government selon Mary P. Follett », Pragmata, n° 1, 2018, p. 180-243.

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Recension : Stéphane Madelrieux, La Philosophie de John Dewey, par Nicolas Bernier

1/2018


Début de l’article

Paru en 2016, La philosophie de John Dewey de Stéphane Madelrieux représente une contribution importante à la littérature francophone sur le pragmatisme et la philosophie américaine. L’auteur n’en est pas à son premier ouvrage sur ce courant de pensée. Il s’est particulièrement distingué avec le livre issu de sa thèse, William James. L’attitude empiriste (2008) et l’édition de Bergson et James : cent ans après (2011), ainsi que sa participation à la traduction de l’ouvrage de John Dewey L’influence de Darwin sur la philosophie et autres essais de philosophie contemporaine (2016). Pour un ouvrage qui, au premier abord, peut sembler constituer une simple présentation générale de la pensée de Dewey, on trouve dans La philosophie de John Dewey une stratégie plutôt audacieuse et originale. La ligne directrice de l’ouvrage est le problème central que le philosophe américain a présenté à plusieurs reprises comme étant à la source de l’ensemble de ses écrits. Ce problème est celui de la dichotomie dans la méthode de fixation des croyances, selon qu’elles portent sur les phénomènes de la nature, rendue possible par la méthode expérimentale, ou selon qu’elles concernent les valeurs faisant autorité dans l’orientation de la conduite humaine. Le propos du livre est d’autant plus intéressant qu’il affirme l’existence d’une continuité entre de grands pans de la pensée de Dewey, soit le naturalisme, l’instrumentalisme, sa théorie générale des valeurs, ses conceptions de l’éducation et de la démocratie. L’ouvrage offre un portrait grand angle de la pensée de Dewey. Sur des sujets difficiles d’accès pour le grand public, il est servi par une remarquable clarté d’écriture et d’analyse…


Pour citer la recension

Nicolas Bernier, Recension de Stéphane Madelrieux, La Philosophie de John Dewey, Pragmata, n° 1, 2018, p. 454-468.

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L’émotion comme facteur de complétude et d’unité dans l’expérience. La théorie de l’émotion de John Dewey, par Louis Quéré

1/2018


Résumés (fr/ang/esp)

Cette étude porte sur la théorie des émotions de John Dewey, dont on redécouvre aujourd’hui la pertinence et la validité. Les textes que Dewey a consacrés aux émotions se situent à deux moments très différents de son parcours. Les premiers, publiés en 1894 et 1895, relèvent de l’élaboration de la psychologie fonctionnelle qui culmine avec son fameux article de 1896 sur l’arc réflexe. Ces textes évaluent et critiquent les apports de Charles Darwin et de William James à la théorie des émotions. Ils expliquent en quoi les émotions sont des modes de comportement, dans lesquels est en jeu une coordination d’activités ; l’objet et le sujet de l’émotion émergent d’une seule et même expérience d’ajustement à l’environnement. Ce n’est qu’avec la publication en 1934 de L’art comme expérience que Dewey parachèvera son entreprise, en reprenant la question de l’expression des émotions et en attribuant à l’émotion un véritable travail dans l’expérience. Ce travail est conçu en termes de découverte et de clarification, de sélection et d’unification, de valuation et de traitement préréflexif d’une situation.

MOTS-CLEFS : PRAGMATISME ; ACTIVITÉ ; COORDINATION ; EXPRESSION ; TÉLÉOLOGIE ; TRAVAIL ÉMOTIONNEL.

Emotion as a factor of wholeness and unity in experience. John Dewey’s theory of emotion.
This study considers John Dewey’s theory of the emotions, a theory whose relevance and validity are now being rediscovered. The texts in which Dewey focused on the emotions stand at two very different points in his career. The first two, published in 1894 and 1895, relate to the development of functional psychology, culminating with his famous 1896 article on the reflex arc. These texts assess and criticise the contributions of Charles Darwin and William James to the theory of the emotions. They explain how emotions are modes of behaviour, in which what is at stake is the coordination of activities; the object and the subject of the emotion emerge from a single experience of adjustment to the environment. It was only with the publication in 1934 of Art as Experience that Dewey would complete his undertaking, by returning to the question of the expression of emotions and crediting emotion with a real function in experience. This role is conceived in terms of discovery and clarification, of selection and unification, and of the pre-reflexive handling of a situation.

KEYWORDS: PRAGMATISM; ACTIVITIES; COORDINATION; EXPRESSION; TELEOLOGY; EMOTIONAL WORK.

La emoción como factor de completud y de unidad en la experiencia. La teoría de la emoción de John Dewey.
Este estudio trata de la teoría de las emociones de John Dewey, cuya pertinencia y validez se redescubren hoy en día. Los textos de Dewey sobre las emociones se sitúan en dos momentos muy diferentes de su trayectoria. Los primeros, publicados en 1894 y 1895, refieren a la elaboración de la sicología funcional, culminando con su conocido artículo de 1896 sobre el arco reflejo. Éstos textos evalúan y critican los aportes de Charles Darwin y William James a la teoría de las emociones. Explican cómo las emociones son modos de comportamiento en los cuales está en juego una coordinación de actividades; el objeto y el sujeto de la emoción emergen de una sola y misma experiencia de ajuste al entorno. No es sino con la publicación de 1934, El Arte como Experiencia, que Dewey llevará a término su empresa, retomando la cuestión de la expresión de las emociones y atribuyendo a la emoción una verdadero trabajo en la experiencia. Este trabajo emocional es concebido en términos de descubrimiento y clarificación, de selección y de unificación, de valuation (valorización y evaluación) y de tratamiento pre-reflexivo de una situación.

PALABRAS CLAVE: PRAGMATISMO; ACTIVIDAD; COORDINACIÓN; EXPRESIÓN; TELEOLOGÍA; TRABAJO EMOCIONAL.


.Plan de l’article

Introduction
1. Dewey héritier et critique de Darwin et James
Le schème des activités mentales
Darwin victime du « sophisme du psychologue »
Coordinations et ruptures de coordination
2. Au-delà d’une psychologie fonctionnelle de l’émotion
Feeling et expérience immédiate
Le travail des émotions
L’expression comme interaction
Émotion et incertitude
Dewey et la psychologie contemporaine des émotions
Pour conclure


Pour citer l’article

Louis Quéré, « L’émotion comme facteur de complétude et d’unité dans l’expérience. La théorie de l’émotion de John Dewey », Pragmata, n° 1, 2018, p. 10-59.

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